JO-2022 : dopage et imbroglio, le cas de la patineuse russe Kamila Valieva

À 15 ans, Kamila Valieva est la favorite de l'épreuve individuelle de patinage. © Wang Zao, AFP

La presse russe rapporte que la patineuse Kamila Valieva, 15 ans, grande gagnante avec son pays de l'épreuve par équipes des Jeux olympiques 2022 de Pékin, aurait subi un contrôle antidopage positif. L'International Testing Agency et le Comité international olympique se refusent à commenter.

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À 15 ans, elle est déjà la nouvelle coqueluche du patinage artistique. Depuis son arrivée sur le circuit senior en 2021, Kamila Valieva enchaîne les succès en Grands Prix et a survolé les championnats d'Europe de Tallinn le mois dernier. Lundi 7 février, elle a ébloui le monde entier en devenant la première femme à effectuer un quadruple saut aux Jeux olympiques. Une performance qui lui a permis de remporter avec ses partenaires l’épreuve par équipes et de la consacrer logiquement favorite de l'épreuve individuelle du 15 février.

Or, alors que la cérémonie de remise de médailles devait avoir lieu mardi, celle-ci a été reporté sine die. Mercredi, le Comité international olympique (CIO) a simplement expliqué que la cérémonie de remise de médailles avait été reportée pour des raisons "juridiques", sans donner plus de détails.

• Les accusations 

Selon le journal Kommersant, le report de la cérémonie de remise des médailles serait lié à un contrôle antidopage positif concernant Kamila Valieva, ce qui pourrait priver du titre la Russie – qui participe aux Jeux sous pavillon neutre à la suite d'un retentissant scandale de dopage durant les JO-2014 de Sotchi.

Le quotidien russe précise que la substance identifiée serait la trimétazidine, utilisée pour soulager les angines de poitrine et interdite par l'Agence mondiale antidopage depuis 2014.

Selon le quotidien RBC, autre média russe, le contrôle aurait été réalisé en décembre.

• Les réactions 

Le porte-parole du CIO, Mark Adams, a indiqué jeudi à Pékin lors du point-presse quotidien de l'instance olympique qu'il n'avait "aucun commentaire à faire" sur "une situation qui a toutes sortes d'implications" et a qualifié de "spéculation totale" les informations selon lesquelles il s'agissait d'une affaire de dopage.

"J'imagine que toutes les personnes (en charge) travaillent le plus rapidement possible. Nous sommes conscients que pour les sportifs (concernés par la cérémonie de remise de médailles), ils veulent parvenir à une issue rapide", a-t-il précisé.

La Fédération internationale de patinage (ISU) a de son côté rappelé dans un communiqué qu'elle "ne pouvait pas dévoiler des informations relatives à une possible violation de la réglementation antidopage".

Contacté jeudi matin à Pékin par l'AFP, le Tribunal arbitral du sport (TAS), dont la chambre antidopage valide les décisions en matière de sanction antidopage, a indiqué qu'il n'avait "pas encore été saisi pour ce cas".

L'International Testing Agency (ITA), compétente pour procéder à des contrôles sur les sites des épreuves des JO, a de son côté publié un communiqué pour expliquer qu'elle n'avait, pour l'heure, aucune annonce à faire.

"L'ITA est consciente des différents articles qui circulent concernant le report de la cérémonie de remise des médailles pour l'épreuve de patinage artistique par équipe aux Jeux olympiques d'hiver de Pékin 2022. Toute annonce liée à ces événements serait toujours publiée sur le site Internet de l'ITA et ne ferait l'objet d'aucun autre commentaire. Aucune annonce de ce type n'a été publiée à ce stade", a indiqué cette instance.

Le Kremlin s'est insurgé contre ces accusations par l'intermédiaire de son porte-parole, Dmitry Peskov.

"Le scandale n'éclate pas aux Jeux olympiques, mais autour des Jeux olympiques, parmi ceux qui n'ont pas les bonnes informations, comme toujours", a-t-il affirmé. "Nous ne nous joindrons pas à tous ceux qui hurlent avec la meute. La seule source est et doit être le CIO. Nous souhaitons à nos athlètes, dont Valieva, seulement des médailles d'or."

• Un statut de mineur qui complique l'affaire 

Selon les informations du site spécialisé Insidethegames, son âge ferait d’elle une "personne protégée" selon les règlements de l’Agence mondiale antidopage. Dans les faits, puisqu’elle est mineure, Kamila Valieva ne peut pas légalement être identifiée de manière formelle dans le cadre des protocoles anti-dopage. Et ce, même si elle venait à être contrôlée positive à un produit dopant lors du rendez-vous olympique à Pékin.

"La divulgation publique obligatoire requise à l’article 14.3.2 ne sera pas exigée lorsque le sportif ou l’autre personne qui a été reconnu coupable de violation des règles antidopage est un mineur, une personne protégée ou un sportif de niveau récréatif", prévoit le code mondial 2021 de l’antidopage. "Toute divulgation publique facultative dans un cas impliquant un mineur, une personne protégée ou un sportif de niveau récréatif devra être proportionnée aux faits et aux circonstances du cas."

• Les conséquences en cas de contrôle positif ?

Selon le journal l'Équipe, la question des sanctions serait également problématique, pointant une imprécision du règlement de l'ISU. En cas de contrôle positif, que se passerait-il pour l'équipe olympique russe de patinage engagée dans l'épreuve par équipes ? Elle pourrait soit perdre les points gagnés par Kamila Valieva ou simplement être disqualifiée.

La Russie pourrait encore être montrée du doigt alors qu'elle est embourbée depuis 2014 dans un vaste scandale de dopage et de tricheries à répétition remontant jusqu'au plus haut sommet de l'État. Cela lui a valu en 2020 une exclusion pour deux ans des grandes compétitions internationales, et s'il y avait bien une affaire Valieva, cela pourrait encore nuire à son image.

Avec AFP